Les Forces Armées Canadiennes ont du vent dans les voiles. L’organisation militaire vient tout juste d’enregistrer son plus grand nombre d’enrôlements depuis 30 ans, alors qu’elle a recruté 7 310 nouveaux membres l’an dernier. Mais, autour de la base militaire de Valcartier, les municipalités déjà débordantes peinent à accueillir ces nouvelles recrues.
La Ville de Shannon, qui est directement collée sur la base de Valcartier, voit sa population grimper. La Ville est passée de 6400 habitants en 2021 à 7200 habitants aujourd’hui. Avec l’arrivée des nouvelles recrues militaires, la mairesse de Shannon, Sarah Perreault, est bien au courant que le travail ne fait que commencer.
Une rencontre tenue début mai avec les commandants de la base militaire de Valcartier a permis à la Ville de mettre la main sur quelques chiffres. Alors qu’environ 8000 membres des forces travaillent présentement sur la base, ce chiffre devrait atteindre presque 13 000 dans les prochaines années.
La mairesse de Shannon anticipe que ce flux de nouveaux travailleurs aura un impact sur l’offre de services publics de la Ville. «J’ai des inquiétudes, mais je les vois plus comme des défis», confie-t-elle.
À Québec, Val-Bélair étouffe aussi. Entre 2001 et 2021, le quartier le plus près de la base militaire a vu sa population grimper de 44,1%, passant d’environ 21 000 à 31 000 résidents. Pour la même période, le nombre de ménages, lui, a grimpé de 59%.
Le mois dernier, le chef de l’opposition officielle de la Ville de Québec et conseiller municipal du district de Val-Bélair, Stéphane Lachance, exprimait déjà ses préoccupations face à cette hausse de population. «Val-Bélair est un quartier qui étouffe sous le poids d’un développement mal planifié», s’est-il exprimé devant un conseil municipal de la Ville le 31 mars dernier.
1100 nouvelles unités de logement
Selon des informations obtenues par l’équipe de Défense Nationale des Forces Armées Canadiennes, 1120 nouvelles unités de logement seront construites sur la base de Valcartier d’ici les cinq prochaines années. Ces nouvelles unités constituent la deuxième phase du programme national de construction de logement du ministère de la Défense nationale. La première phase du projet se verra quant à elle construire unités de logement résidentiel d’ici l’automne suivant aux endroits suivants:
- Chemin Vanier: deux immeubles à six logements et une maison en rangée
- Chemin Cannon: un immeubles à six logements et quatre maisons en rangée
- Chemin Bieler: quatre maisons en rangée
Éric Sauvé, ex-officier des Forces armées canadiennes qui cumule près de 30 ans d’expérience dans le domaine, affirme qu’il s’agit d’un pas dans la bonne direction, mais que l’organisation doit mieux investir dans ses logements. «Les logements pour militaires sont connus pour être vieux et désuets», explique-t-il.
Même s’il n’avait que 22 ans lorsqu’il a fait ses débuts au sein de la base Valcartier, Éric Sauvé n’a jamais voulu occuper un logement militaire. «Ça ne me tentait pas de me lever et de voir mon sergent en uniforme passer la tondeuse à côté», blague-t-il. «S’il y avait eu des logements intéressants, peut-être que cela aurait été une option.»
Or, le marché immobilier près de Québec est déjà saturé, et les municipalités de la périphérie nord, comme Shannon, n’y échappent pas. Même si le nombre de ventes a diminué en avril dernier, l’offre de propriétés demeure historiquement bas, ce qui pousse le coût d’acquisition à la hausse. Du côté locatif, le coût du loyer est aussi en forte augmentation selon la SCHL.
Des routes et des écoles congestionnées
Bien que la construction de ces nombreux logements ne tombe pas dans la cour de la Ville de Shannon, plusieurs enjeux s’imposent.
La mairesse Perreault anticipe déjà qu’elle devra faire face à de la congestion sur ses routes, entre autres. «La circulation sur la route de la Bravoure est déjà problématique. C’est sûr qu’on a du travail à faire», révèle-t-elle.
La même congestion est attendue dans les écoles de la région. Selon la Ville de Shannon, un débordement des écoles est déjà anticipé pour la rentrée d’automne 2026.
Suite à la construction de ces 1100 nouveaux logements, la Ville de Shannon sera responsable d’assurer le bon roulement des infrastructures routières, du système d’aqueduc et des égouts entourant la base, comme elle le fait déjà. «À partir de 2027, ça va débouler», lance Sarah Perreault.
Des rencontres sont déjà en cours entre la ville de Shannon et la base militaire de Valcartier afin d’assurer un accueil adéquat des recrues. Les deux parties ont d’ailleurs tout récemment conclu qu’un comité consultatif composé de plusieurs membres de la Ville sera formé d’ici septembre. «Je suis prête à travailler avec eux, je pousse pour que l’on travaille ensemble», affirme la mairesse. «Il ne faut juste pas que le résultat de tout ça affecte la qualité de vie des gens de Shannon, civils comme militaires. Il faut que l’on soit capable de répondre au besoin.»
